3114 : le numéro national de prévention du suicide

Article

Le suicide est en grande partie évitable.
Deux dispositifs sont désormais actifs en Corse: le 3114, numéro d’urgence , et VigilanS, un dispositif d’accompagnement pour les malades et leur entourage.
Osons parler de santé mentale et soyons attentifs aux signes de détresse de notre entourage.

La mise en place d’une ligne dédiée à la prévention du suicide constitue une réponse essentielle à l’une des problématiques de cette prévention : l’accès et le maintien du lien avec le système de soins des personnes en souffrance.

Annoncé dans le cadre du Ségur de la santé et ouvert le 1er octobre à l’occasion des assises de la santé mentale et de la psychiatrie, le 3114 est un numéro confidentiel et gratuit permettant de répondre aux besoins immédiats des personnes en recherche d’aide : écoute, évaluation, intervention, urgence, orientation ou accompagnement.
Il s’adresse également aux professionnels en contact avec des personnes en détresse ou en quête d’information sur le suicide et sa prévention.
Ce nouveau dispositif vise à réduire le nombre de suicides en France en offrant aux citoyens en grande souffrance une ligne téléphonique qui apporte une réponse professionnelle, 24h/24 et 7j/7, en lien avec les acteurs du territoire pour une prise en charge adaptée à chaque situation.

Le 3114, c’est quoi ?

Un numéro unique :

  • Ouvert 24h/24 et 7j/7,
  • Confidentiel et gratuit
  • Accessible partout en France : l’appel est pris en charge par le centre répondant le plus proche de vous. Des répondants professionnels, supervisés par un médecin spécialiste, formés à la prise en charge de la souffrance psychique et à la prévention du suicide et capables :

- d’évaluer le niveau de souffrance,
- d’écouter, sans jugement et avec bienveillance,
- de soutenir et aider à résoudre la crise de façon adéquate,
- d’orienter vers les acteurs du territoire pour une prise en charge adaptée aux situations,
- de s’assurer que la personne n’est pas en situation de danger et, si tel est le cas, de mettre en place les mesures p o ur la protéger,
- d’informer.
➢ Un service proposé pour tous, notamment
- Les personnes en souffrance
- L’entourage inquiet pour un proche ou une personne en détresse
- Les personnes endeuillées par suicide
- Les professionnels

 

SA MISSION

  • Soulager la détresse psychologique de la personne suicidaire, de son entourage et des personnes endeuillées à la suite d’un suicide,
  • Aider les professionnels en contact avec des personnes en détresse,
  • Sensibiliser la population à la problématique du suicide et à sa prévention,
  • Promouvoir les efforts de prévention sur notre territoire,
  • S’inscrire et participer à un écosystème local sanitaire, social et médico-social.
 Plus d'infos sur www.3114.fr

 L’Organisation régionale

Le centre hospitalier de Castelluccio est le centre régional répondant pour la Corse à partir du lundi 14 mars 2022.
L’équipe composée d’infirmiers et psychologues, répondra aux appels téléphoniques sous la supervision de deux psychiatres, Dr Isabelle Acquaviva, Dr Elise Mosconi, d’un cadre supérieur de santé, Mme Rose-Marie Michelozzi, tous les jours, week-end et jours fériés compris de 9h à 17h. Les appels passés après 17h et jusqu’au lendemain 9h seront transférés vers l’un des trois centre répondant de Montpellier 24h/24.

 

En France métropolitaine, les tentatives de suicide (TS) entrainent près de 100 000 hospitalisations et environ 200 000 passages aux urgences par an, soit environ 20 tentatives de suicide pour un décès.  Le risque suicidaire est majeur pour les personnes ayant un antécédent de TS (OMS, 2014) :

  • 75% des récidives ont lieu dans les 6 mois suivant une TS1,
  • La survenue d’une TS multiplie par 4 le risque de suicide ultérieur et par 20 dans l’année suivant la tentative.

La stratégie de maintien d’un contact avec ces personnes à risque de récidive, à partir des services d’urgences hospitalières, est reconnue comme efficace par la littérature internationale. Organiser une veille en sortie d’hospitalisation pour tentative de suicide, est l’une des interventions spécifiques les plus efficaces dans la prévention du suicide.
L’équipe du CHRU de Lille, qui a conçu et développé VigilanS, en 2015, a été missionné par le ministère des solidarités et de la santé pour assurer l’appui technique aux ARS et aux établissements référents lors du déploiement.
Ce dispositif VigilanS, s’est généralisé progressivement à l’ensemble des régions.
En Corse, Vigilans est piloté par la Communauté Psychiatrique de Territoire (CPT) : les centres hospitaliers de Castelluccio, de Bastia et la clinique San Ornello.  
Le Centre hospitalier de Castelluccio, est le centre régional référent pour la mise en œuvre.

Le dispositif VigilanS a pour objectif général de contribuer à faire baisser le nombre de suicides et le nombre de récidives de tentative de suicide. Ce dispositif consiste en un système de recontact et d'alerte en organisant autour de la personne ayant fait une tentative de suicide un réseau de professionnels de santé qui assureront une veille et garderont le contact avec le patient.

Le chiffre : 10 patients inclus en seulement 6 semaines d'activité par le dispositif VigilanS Corse  (création le 16 décembre - données à fin janvier 2022)

VigilanS c'est qui ? Un réseau territorial

  • Une équipe opérationnelle portée par le Centre Hospitalier de Castelluccio, centre répondant régional, composée d'infirmiers ou de psychologues formés au repérage de la crise suicidaire, qui contactent les patients et réceptionnent leurs appels. Ils évaluent le risque suicidaire et coordonnent les recours disponibles pour le patient.
  • Une équipe de coordination, chargée d'organiser le dispositif, composée de deux médecins psychiatres, un cadre de santé et un secrétariat.

 Comment ça marche ?


 De la formation à la prévention du suicide

La formation en prévention du suicide est un élément clé de l’approche intégrée de la stratégie nationale déclinée en Corse. Il s’agit de structurer le repérage des personnes à risque pour leur proposer le plus rapidement possible des solutions adaptées à leurs problèmes et, si nécessaire, un accompagnement vers le soin.
L’actualisation en 2019 de ces formations, réalisée par le Groupement d’études et de prévention du suicide, avec le soutien du ministère des solidarités et de la santé, s’est faite dans le but de créer dans les territoires des réseaux de personnes-relais, capables de repérer les personnes en souffrance, et d’agir en lien avec les professionnels de la prise en charge. Les formations s’adressent donc d’une part à des personnes concernées par le mal-être des autres et à même d’entrer en relation avec eux, d’autre part aux professionnels prenant en charge les personnes en souffrance (médecins généralistes ou psychiatres, psychologues, infirmiers, etc.).
Une équipe de formateurs nationaux a été constituée (un binôme par région), chargée de former des professionnels de santé régionaux qui, à leur tour, formeront les intervenants de crise, les évaluateurs et les sentinelles.

Description:

 

  • Trois rôles, donc trois fonctions, à articuler entre elles, ont été identifiés :
  • L’intervenant de crise qui a une fonction d’évaluation clinique du potentiel suicidaire mais qui a aussi des connaissances spécifiques pour désamorcer une crise suicidaire, éviter un passage à l’acte, et orienter la personne vers un accompagnement adapté.
  • L’évaluateur, qui peut faire une évaluation clinique du potentiel suicidaire de la personne et l’orienter vers le soin ou toute autre solution adaptée à ses besoins.
  • La sentinelle, qui est capable de repérer et d’orienter la personne (vers un évaluateur ou vers un intervenant de crise ou le SAMU).

Les deux premières formations requièrent une intervention spécialisée, ciblent des professionnels de santé ou des psychologues travaillant de manière régulière en suicidologie.
La troisième formation, sentinelle, s’adresse dans un premier temps à des professionnels non cliniciens, qui à leur tour formeront des citoyens.

Bien que le taux de suicide soit en baisse tendancielle depuis 20 ans, le suicide représente en France encore près de 9 300 décès et 200 000 tentatives de suicide par an, soit plus de 24 décès par jour. On compte ainsi un suicide toutes les heures, soit trois fois plus que les décès liés aux accidents de la route en France.
Le taux de suicide reste en France l’un des plus élevés d’Europe avec 14 suicides pour 100 000 habitants, pour une moyenne européenne de 10,3 pour 100 000 habitants.    
Le suicide en France concerne les hommes, avec un taux de suicide de 22 pour 100 000 habitants, et dans une moindre mesure les femmes avec un taux de suicide de 5,9 pour 100 000 habitants. A contrario, le nombre de tentatives de suicide, estimé en France à 200 000 par an, est plus important chez les femmes avec 110 000 tentatives.   
Chaque année le suicide est responsable de la mort de près de 400 adolescents en France, ce qui en fait la 2e cause de mortalité pour cette tranche d’âge. L’adolescence constitue également l’âge de la vie pour lequel les tentatives de suicide sont les plus fréquentes : de 1 à 4 % des jeunes de 15 à 19 ans ont dû être hospitalisés après un geste suicidaire. 

En Corse, en 2015, le taux standardisé de suicides s’élevait à 9,5 pour 100 000 habitants, inférieur au taux national (14/100 000). En 2021 ,  528 passages aux urgences pour gestes suicidaires ont été comptabilisés en Corse, soit 1,4 recours quotidien.

Chaque suicide est une catastrophe, à l’origine de beaucoup de douleurs ou de traumatismes chez les proches. Il peut être l’un des évènements les plus difficiles auxquels sont confrontés les professionnels de santé. On considère qu’un suicide endeuille en moyenne 7 proches et impacte plus de 20 personnes. Il est aussi démontré que le risque de suicide augmente significativement dans l’entourage d’une personnes suicidée (famille, camarades de classe, collègues de travail, etc.)
Le suicide est un phénomène complexe qui résulte de l’interaction de nombreux facteurs. Ces déterminants biologiques, psychologiques, sociaux et environnementaux sont de mieux en mieux connus. Parmi les principaux facteurs de risque figurent les troubles psychiques, les antécédents familiaux, l'appartenance à un groupe vulnérable, la précarité des conditions de vie, l'isolement, etc. Les idées suicidaires et des antécédents personnels de comportement suicidaire comptent également parmi les facteurs de risque les plus importants. 

Les études épidémiologiques de ces 20 dernières années ont permis d’identifier des actions permettant de diminuer la mortalité et la morbidité suicidaires de façon efficace. Lorsque le niveau de souffrance devient critique, un dernier évènement peu déclencher le passage à l’acte. Cet évènement est appelé « facteur précipitant ». Pourtant ce processus n’est pas irréversible. Le suicide est en grande partie évitable.  On peut sortir d’une crise suicidaire à tout moment. Dès lors que la détresse est apaisée, les idées suicidaires disparaissent.

L’une des recommandations principales du Haut conseil de la santé publique, dans son rapport d’évaluation du programme national d’actions contre le suicide 2011-2015, est de centrer les actions de prévention du suicide sur les populations à risque, en prenant en compte les catégories de comportement suicidaire et de troubles psychiques suicidogènes.  

La prévention du suicide est un enjeu majeur de santé publique. C’est une priorité pour le ministère des solidarités et de la santé qui l’a inscrite dans l’action 6 de la Feuille de route santé mentale et psychiatrie de 2018 et dans l’instruction du 10 septembre 2019 relative à la stratégie multimodale de prévention du suicide. L’objectif consiste à mettre œuvre de façon coordonnée dans les territoires un ensemble d’actions intégrées de prévention du suicide, présentées dans ce dossier.    
Cette feuille de route est une déclinaison opérationnelle de la Stratégie nationale de santé 2018–2022 et du plan Priorité Prévention, déclinés en région dans les projets régionaux de santé (PRS).

En Corse, la déclinaison de la stratégie nationale est portée par l’ensemble des membres de la Communauté Psychiatrique de Territoire (CPT) soit les centres hospitaliers de Castelluccio, de Bastia et la Clinique de San Ornello. Inscrite à la fois dans le Ségur de la santé et le projet territorial de santé mentale approuvé le 7 décembre 2020, cette stratégie comporte deux dispositifs majeurs : le premier, dénommé « VigilanS » organise des actions de prévention, de veille et de recontact pour les suicidants et le second est le 3114, numéro national de prévention du suicide.  
Le Centre hospitalier de Castelluccio, est le centre régional référent dans la mise en œuvre de ces deux dispositifs, coordonnés par le Dr Isabelle ACQUAVIVA, cheffe de pôle psychiatrie et le Dr Elise MOSCONI, psychiatre coordinatrice.

Près de 200 K€ annuels sont consacrés au fonctionnement du dispositif VigilanS et 174 K€ sont alloués au lancement de 3114 en Corse.